Création d’une carte multimedia du quartier de l’école, un projet intercycle avec Babytwit et OpenStreetMap

Dans un quartier subissant de profondes mutations, il nous est apparu essentiel, durant l’année 2013 – 2014 de permettre aux élèves de devenir acteurs de leur territoire. Le choix s’est porté sur la création d’une carte multimédia du quartier support d’une déambulation poétique autour de l’école. Ce projet interdisciplinaire qui fait vivre une liaison école/collège (trois classes : CM1, CM2 et sixième) s’articule autour de la lecture, de l’écriture et de la contribution.

Le constat à l’origine de l’action

Le quartier de l’école

L’école Pierre et Marie Curie de Floirac se trouve au cœur d’un vaste projet de rénovation urbaine. Les chantiers de démolition et de construction se succèdent à proximité de l’école depuis plusieurs années faisant subir au paysage de profondes mutations. Certains repères familiers comme des immeubles, des chemins, des squares ont disparu tandis que d’autres apparaissent tels que des rues nouvelles, des commerces et des bâtiments publics. Ces changements altèrent l’identité du quartier, les relations et les représentations des familles et des élèves.

L’école et le collège

L’école se situe en Réseau Réussite Scolaire autour du collège Nelson Mandela lui-même implanté dans le même quartier que l’école. On sait que les difficultés rencontrées par les élèves sont particulièrement importantes lors des ruptures scolaires qui peuvent exister entre l’école et le collège. C’est pourquoi l’échange entre les enseignants est indispensable pour assurer un suivi des élèves les plus fragiles, développer une meilleure connaissance des programmes, des pratiques pédagogiques et des compétences attendues et enfin faire évoluer les représentations des enseignants. Un travail conjoint des équipes du secondaire et du primaire est mené pour faciliter la transition école/collège.

Apprendre en projet

Beaucoup d’élèves en situation de grande, voir de très grande difficulté scolaire, décrochent des apprentissages. Ces contextes de rupture complexes dans leurs natures, leurs causes et leurs conséquences ont tous un point commun : apprendre ne fait pas sens pour l’élève. La pédagogie de et par projets permet de recentrer les apprentissages dans un contexte familier pour l’enfant où les compétences pourront être réactivées en dehors du contexte scolaire. Le projet proposé, pensé, élaboré par la classe permet aux enfants de faire l’expérience de ce qui fondent la connaissance : l’étonnement, le manque et le désir et de ce qui la rend possible : l’erreur, le tâtonnement, la recherche. C’est, par ailleurs, dans cette démarche, que le groupe vit collectivement l’élaboration de son propre savoir à travers le conflit et sa résolution dans l’écoute et la coopération.

Objectifs poursuivis

– Faire entrer en classe le numérique comme nouvelle forme de partage des savoirs et de participation à l’élaboration d’un bien commun : collaborer, contribuer, traiter et créer de l’information dans une démarche participative

– Faire vivre la liaison école/collège : créer du lien et de la cohérence pédagogique entre enseignants du premier et du second degré, engager une collaboration entre les élèves de l’école primaire et ceux du collège.

– Permettre l’appropriation d’un quartier en mutation : découvrir son environnement, construire une intelligence historique, envisager des perspectives d’avenir, objectiver les représentations, s’approprier l’histoire du quartier.

 

Description et modalités de mise en œuvre

La cartographie du quartier

Les élèves, lors de sorties dans le quartier, notent sur une carte papier les modifications qu’ils souhaitent apporter : ajouts de rues, de commerces, de lieux et suppression de bâtiments détruits etc…. Ils acquièrent petit à petit les compétences nécessaires pour lire une carte. De retour en classe, ils saisissent sur la base de données ouverte OpenStreetMap les éléments et collaborent ainsi au projet mondial. Différents niveaux et degrés de contribution sont découverts au fur et à mesure du déroulé des séances allant de la simple suggestion de modification qui pourra être reprise éventuellement par un autre contributeur à la modification directe de la carte. Les exigences formelles de ce qu’est être un contributeur sont appréhendées au fur et à mesure de la construction du projet : la publication, la responsabilité, le partage. Ils construisent également leur propre représentation de que peut être Internet, la culture contributive du réseau, la connaissance comme bien commun élaboré collectivement.
Et voici le résultat avant et après les interventions :

CarteAvantAprès

CarteAvantAprès

 Les twhaikus

Les classes de CM1 et de sixième sont invitées à produire des haïkus, forme japonaise de courtes poésies, en réponse à des photographies prises par les élèves d’un endroit du quartier. Ces productions sont publiées plusieurs fois par semaine sur BabyTwit, une plateforme de micro-blogging libre et dédiée au monde scolaire. L’échange entre les deux classes est l’occasion d’entamer une relation autour de discussions sur le quartier, sur la poésie.

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La création de paysages sonores et leur enregistrement

Les élèves en petits groupes choisissent les haïkus qu’ils préfèrent. Ils mènent un travail approfondi sur le sens, sur la diction et élaborent une proposition d’interprétation. Ils réfléchissent également à l’ambiance sonore que suggèrent les poèmes. Les sons sont ensuite récoltés, soit enregistrés dans le quartier, soit crées par les élèves eux-mêmes, soit recherchés et téléchargés dans une banque de sons. Les élèves enregistrent ensuite les poèmes dans un studio d’enregistrement et construisent un paysage sonore avec des mots, des sons, de la musique.

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Effets constatés

Nous avons assez peu de données quantitatives sur les acquis des élèves mais parmi celles que nous possédons, 90 % des élèves ont acquis les compétences attendues en géographie (lecture de carte). Les enseignants ont également observé une évolution positive de l’autonomie, l’initiative, la motivation, l’émulation dans les apprentissages, la représentation et l’estime de soi. Le plaisir d’apprendre revient régulièrement dans le discours que les enfants portent sur le projet. Ils plébiscitent également l’ouverture de la classe : la collaboration avec d’autres enfants, d’autres enseignants et des adultes extérieurs à l’école. La découverte de la contribution, du partage et du savoir élaboré collectivement a fait parti des belles surprises que les élèves disent avoir trouvées. Indéniablement, quand les élèves ont découvert que d’autres contributeurs pouvaient s’intéresser à leur quartier, c’est aussi la représentation de leur propre territoire qui a changé. Leurs tours, leurs squares, leur centre commercial étaient devenus dignes d’intérêt.

Le résultat final est visible sur une carte umap.

Un grand merci aux collègues et à l’ensemble des partenaires qui ont participé à la mise en oeuvre du projet : les familles des élèves, Marc Deubel (PE, école Curie – Floirac), Julie Araguas (EVS, école Curie – Floirac), Julie Blancard (professeur documentaliste – Collège Nelson Mandela), Géraldine Margnac (Professeur de lettres – Collège Nelson Mandela), Vincent Bergeot et Martin Guérin (Les Petits Debrouillards Gironde), l’équipe des Juniors Développement Durable de la Communauté Urbaine de Bordeaux, Ashraf Assayeh (Rock school Barbey).

 

 

ProjetCartoOSM

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